· LECTURES ET FILMS

Dans ta bulle ! Julie Dachez

«Personne n’a encore rien compris à l’autisme.»

Julie Dachez nous a déjà brillament donné à voir et à sentir son invisible différence. « Dans ta bulle !», éditions Marabout, est rempli de rires, de larmes et de colère. On la suit pendant qu’elle termine sa thèse tout en découvrant des portraits d’adultes autistes qu’elle nous livre pour étayer son propos. Elle le déclare « J'ai fait le choix de mélanger du savoir chaud (savoir expérientiel) et savoir froid (savoir académique) ». Ce résultat chaud-froid n’est pas toujours confortable car Julie nous secoue, bouscule nos certitudes et casse notre bonne conscience.

« Etre autiste ET femme, c'est la double peine. »

Elle dénonce la pression sociale subie déjà par les autistes en tant que femmes qui les poussent à se sociabiliser et à se conformer à tout prix. Elles sont de ce fait sous-diagnostiquées. Cette particularité les rend extrêmement vulnérables car elles sont naïves et influençables, décodant très difficilement l’implicite. Les femmes autistes Asperger sont donc invisibles à deux titres, elles camouflent leur différence et on n’en parle pas dans les médias. Pour Julie, ses congénères ne sont pas malades, c’est la société qui est malade de ne pas pouvoir accueillir en son sein des personnes qui s’écartent des normes en vigueur et de ne pouvoir leur offrir comme seule issue, que l’internement psychiatrique ou le suicide.

Rien de ce qui est installé, établi, normal, ne l’est pour Julie. C’est en fait une véritable philosophe qui porte un œil vierge et anticonformiste sur elle et sur le monde qui l’entoure.

Julie ne supporte pas la hiérarchie qui existe entre autistes et neurotypiques, comparant la situation des autistes aujourd’hui à celle des sourds-muets il y a une dizaine d’années considérés tous comme débiles profonds, l’usage de la langue des signes leur étant interdit jusqu’en 1977.

« En fait les valeurs importantes dans la vie en société, c’est justement celles qu’on a pas. Avoir une certaine prestance, du charisme, savoir parler, être en relation avec les gens, pouvoir aller fêter la promotion de Monsieur Dupont tous ensemble autour d’un verre pour la cohésion du groupe. »

Les autistes sont résistants à certaines formes d’aliénation. Et c’est tant mieux pour Julie qui retourne bien des aspects de l’autisme paraissant faiblesses en forces. Les personnes autistes pourraient être par certains aspects plus saines que les neurotypiques, étant imperméables aux normes sociales.

Pour soutenir sa thèse, elle a eu un refus d’aménagement, car, comme le dit si bien le titre de son livre précédent, sa différence est invisible, enfin vraiment plutôt invisible pour « les autres ».

Cette épreuve supplémentaire et quasi insurmontable est à l’image de toutes celles qu’elle a dû affronter pour prendre en force la place qu’on ne lui fait pas.

Elle aborde un éventail de sujets douloureux illustrés par ses portraits : maltraitance à l’école, difficulté à trouver un emploi, errance diagnostique, incompréhension de l’entourage et perte de l’estime de soi. Elle pleure pour tous ceux qui ont préféré une mort digne à une vie indécente.

Elle écrit avec courage, navigant entre humour, révolte et chagrin.

Guerrière acharnée et féministe engagée, c’est la bulle des non-autistes que Julie Dachez crève avec ce livre.

Sabine Komsta

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